Comprendre les principaux concepts de la psychothérapie institutionnelle

Ce glossaire rassemble les notions qui nourrissent la réflexion et la pratique clinique de Pamela Corcos auprès des équipes et des institutions. Il propose des repères accessibles autour de la psychanalyse et de la psychothérapie institutionnelle. Ce glossaire sera alimenté régulièrement afin d'éclaircir des notions complexes comme la dynamique transféro-contre-transférentielle ou encore l'inconscient, le processus psychique…

Psychothérapie institutionnelle

Institution

Pour la psychothérapie institutionnelle (PI), il est essentiel de distinguer l'institution de l'établissement.

L'établissement renvoie à la structure administrative, aux bâtiments, à l'organigramme. L'institution, elle, désigne un espace vivant de rencontres, d'échanges et de circulation entre patients et professionnels.

Là où la logique gestionnaire tend à réduire l'institution à l'établissement, la psychothérapie institutionnelle rappelle que les dispositifs, les espaces de parole et les modalités d'accueil ne relèvent pas seulement d'une dimension organisationnelle : ils constituent des éléments à part entière du processus de soin.

L'institution agit sur les patients autant qu'elle est affectée par eux. Elle est un milieu vivant, traversé et transformé par ceux qui l'habitent.

Au fondement de cette conception : le soin s'organise autour du patient. Sans patient, pas de soignant ; sans soignant, pas d'institution. C'est de cette rencontre que l'institution tire son existence et sa fonction thérapeutique.

Collectif soignant

Le collectif soignant désigne l'ensemble des professionnels participant à l'accompagnement ou au soin d'une personne. Chaque membre de l'équipe perçoit une facette différente de la situation clinique. La mise en commun de ces regards permet d'élaborer une compréhension plus riche et plus nuancée du patient et des difficultés rencontrées.

Ambiance institutionnelle

L'ambiance, au sens clinique, désigne le climat émotionnel qui traverse un service à un moment donné. Elle est souvent difficile à saisir directement, on la sent plus qu'on ne la voit. Pourtant, elle constitue un indicateur précieux des processus psychiques à l'œuvre dans l'institution : ce qui circule entre patients, ce qui se dépose sur les soignants, ce qui se joue sans se dire.

Être attentif à l'ambiance, c'est se donner un outil de lecture clinique du collectif.

Par exemple, un groupe qui rit, paraît détendu et semble sur la même longueur d'onde ne témoigne pas toujours d'un climat convivial. Cette apparente « bonne ambiance » peut constituer une défense collective contre l'angoisse ; ce qu'on appelle l'hypersynthonie : un état de synchronisation affective excessive où les affects circulent intensément d'un sujet à l'autre, où les frontières individuelles s'estompent. Euphorique ou anxieuse, elle peut traduire une défense maniaque groupale ou une tension cherchant à s'évacuer.

Clivage institutionnel

Le clivage institutionnel apparaît lorsque les équipes se divisent en positions opposées autour d'un patient ou d'une situation. Ces oppositions peuvent refléter des éléments de la problématique du patient lui-même et méritent d'être pensées plutôt que simplement résolues.

Contenance

La contenance désigne la capacité d'un individu, d'un groupe ou d'une institution à accueillir, soutenir et transformer ce qui est déposé en son sein.

Lorsque l'appareil psychique est intègre, le sujet assure lui-même cette fonction. Quand ces ressources font défaut, chez le nourrisson, le patient en état de désorganisation ou ayant un vécu carenciel, un autre vient suppléer cette fonction contenante fragile.

Que contient-on ? Des projections, des affects bruts, des angoisses, des deuils, des expériences non encore symbolisées.

Exemple : dans une dépression sévère, se lever, se laver, se nourrir devient une épreuve. L'entourage dit parfois : « Fais un effort ! Prends sur toi ! » mais c'est précisément ce qui est impossible.

« Prendre sur soi » suppose de pouvoir se porter soi-même, or c'est cette capacité qui fait défaut. Winnicott parle de holding : être porté par un autre avant de pouvoir tenir seul. Quand ce portage s'effondre, le sujet devient dépendant d'un appui externe, non par faiblesse, mais par nécessité psychique.

L'institution, le professionnel, l'équipe offrent alors une contenance externe, le temps que la contenance interne se reconstitue.

Fonction contenante du professionnel

Le professionnel prête temporairement sa propre capacité de contenance, non pas pour se substituer durablement à l'autre, mais pour lui permettre, le moment venu, de reprendre la main.

Cette fonction est au cœur du soin, de l'accompagnement social et du travail éducatif. Elle est souvent mobilisée sans être nommée.

Ce qui se voit : rassurer, encourager, accompagner les actes du quotidien, répéter sans lassitude, écouter ce qui déborde, tenir dans le temps. Maintenir un cadre stable, poser des limites sans rigidité, offrir une présence prévisible.

Ce qui ne se voit pas : le professionnel reçoit des angoisses, des projections, des affects bruts, parfois de la violence, parfois du désespoir. Il ne s'agit pas simplement de les entendre : il les accueille en lui.

Bion parle d'éléments bêta : des fragments psychiques bruts, non pensables tels que des sensations, des terreurs sans nom, des impressions qui ne peuvent pas encore devenir pensées. Projetés sur le professionnel, ils cherchent un lieu où se déposer.

Grâce à la fonction alpha, le professionnel métabolise ces éléments. Il ne les supprime pas : il leur donne une forme assimilable, susceptible de devenir une expérience pensable.

Occuper une fonction contenante, c'est prêter son appareil à penser quand celui de l'autre est débordé.

Et pour vous, dans vos métiers, comment cette fonction se manifeste-t-elle ?

Fonction phorique

La fonction phorique, du grec pherein, « porter », désigne la dimension de portage et de soutien psychique.

Le terme a été introduit par René Kaës dans ses travaux sur les groupes et les institutions : ce qui, dans un collectif, assure le maintien du lien et porte ce que les sujets ne peuvent encore porter seuls.

Pierre Delion a développé ce concept en psychiatrie, l'articulant à la figure d'Atlas et au holding de Winnicott : accueillir l'autre et le porter aussi longtemps que nécessaire, jusqu'à ce qu'il puisse se porter lui-même.

Distinction : la fonction phorique insiste sur le portage (maintenir, ne pas laisser tomber). La contenance y ajoute une dimension de transformation.

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Dynamiques transférentielles

Transfert

Le transfert désigne le processus par lequel un patient déplace sur son psychanalyste et par extension sur un soignant, une équipe, une institution, des affects, des attentes et des modalités relationnelles issus de son histoire, notamment de ses liens précoces.

Ce qui se rejoue là n'est pas un souvenir conscient : c'est une répétition en acte. Le patient aime, craint, attend, non pas le soignant tel qu'il est, mais ce qu'il vient représenter à son insu.

Amour de transfert

L'amour de transfert désigne l'investissement affectif intense qu'un patient peut développer à l'égard d'un soignant.

Toute demande de soin contient, en son fond, une demande d'amour : être reconnu, accueilli, porté.

Est-ce un « vrai » amour ? Comme le soulignait Lacan, c'est un amour véritable mais qui se déploie dans le cadre particulier de la relation thérapeutique. Le soignant vient occuper une place qui rappelle celle des figures parentales dont on attendait amour et reconnaissance.

Cet amour n'appelle pas de réponse symétrique. Il n'est ni à rejeter ni à satisfaire : il est à entendre comme le signe que quelque chose d'essentiel se rejoue.

Contre-transfert

Le contre-transfert désigne l'ensemble des réactions émotionnelles, conscientes et inconscientes, suscitées chez le professionnel par la rencontre avec un patient. Longtemps considéré comme un obstacle, il est aujourd'hui reconnu comme une source précieuse d'informations cliniques lorsqu'il peut être élaboré. Le contre-transfert inclut non seulement les réactions personnelles du thérapeute mais aussi les effets induits par la dynamique transférentielle du patient.

Transfert psychotique

Le transfert psychotique désigne des modalités relationnelles dans lesquelles les frontières entre soi et l'autre tendent à s'estomper. Il s'accompagne souvent de mouvements d'identification projective massifs et d'un dépôt de vécus psychiques chez les professionnels ou dans l'institution elle-même. En raison de son intensité et de sa diffusion au sein de l'équipe, il nécessite généralement un travail collectif d'élaboration.

Transfert dissocié

Notion décrite par Tosquelles et Oury. Le patient répartit ses investissements transférentiels entre plusieurs personnes, espaces ou objets de l'institution.

Pourquoi cette dispersion ? Parce que la psyché elle-même est dissociée. Le patient dépose des fragments d'affects sur différents supports. Aucun professionnel ne reçoit l'ensemble ; chacun en porte une part.

Cette répartition a une fonction protectrice : elle évite des projections trop massives sur un seul lien. Le maillage institutionnel permet de contenir et rassembler ce qui, autrement, resterait épars.

Transfert multiréférentiel

Ce terme insiste sur ce qui, dans l'organisation institutionnelle, permet d'accueillir le transfert dissocié.

Contrairement à la cure-type, l'institution offre une pluralité de points d'accroche : soignants de métiers différents, groupes, activités, médiations, lieux de vie. Cette hétérogénéité est une ressource thérapeutique.

Le soin ne repose plus sur un seul lien, mais sur un collectif. C'est dans les espaces de réunion que ces fragments se rassemblent et deviennent pensables.

Injonction paradoxale

Le concept d'injonction paradoxale, ou « double bind », a été développé par Gregory Bateson et son équipe dans leurs travaux sur la communication et la schizophrénie. Il désigne une situation dans laquelle une personne reçoit simultanément deux messages contradictoires qu'elle ne peut satisfaire en même temps, sans possibilité de se soustraire à la situation ni de la commenter. Ces paradoxes peuvent être source de grande souffrance psychique et de blocages relationnels. Harold Searles a ensuite largement contribué à l'étude des communications paradoxales dans la clinique des psychoses.

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Psychanalyse

Psychanalyse

La psychanalyse est à la fois une théorie du fonctionnement psychique, une méthode d'exploration de l'inconscient et une forme de psychothérapie. Fondée par Sigmund Freud à la fin du XIXe siècle, elle repose sur l'idée qu'une part de notre vie psychique demeure inconsciente et influence nos pensées, nos émotions, nos relations et nos symptômes.

Le travail psychanalytique vise à rendre cette vie psychique progressivement pensable et élaborable. Il s'appuie sur la parole, l'analyse du transfert, des répétitions, des rêves, des actes manqués et, plus largement, de ce qui se rejoue dans la relation thérapeutique.

La psychanalyse se décline aujourd'hui selon différents dispositifs. La cure type, cadre historique élaboré par Freud, se déroule généralement à raison de plusieurs séances par semaine. Le patient est allongé sur un divan, hors du regard de l'analyste, afin de favoriser la libre association et le déploiement du transfert.

La psychothérapie psychanalytique

Le plus souvent en face à face, s'appuie sur les mêmes principes, mais dans un cadre plus souple. Le regard de l'analyste constitue alors un point d'étayage, particulièrement adapté lorsque la présence visible de l'autre soutient le travail psychique.

La pratique psychanalytique s'est également développée dans d'autres cadres : auprès d'enfants, de groupes, de familles, en institution psychiatrique ou médico-sociale, ainsi qu'à travers de nombreuses médiations thérapeutiques. Ces dispositifs adaptent le cadre aux besoins des patients tout en conservant les principes fondamentaux de la psychanalyse.

L'ouverture à d'autres cliniques :

Au fil du temps, la psychanalyse s'est intéressée à des populations plus larges : enfants, patients psychotiques, personnes traumatisées ou carencées…

Le dispositif a donc dû s'adapter. Non pas abandonner l'écoute de l'inconscient, mais inventer d'autres cadres pour la rendre possible.

Psychanalyse sans divan

Expression popularisée par Paul-Claude Racamier. Elle désigne une pratique psychanalytique qui maintient l'écoute de l'inconscient et le travail du transfert, mais hors du cadre de la cure-type, adaptée aux réalités de la psychiatrie, des groupes et des institutions.

Cuisiner le transfert autrement

Il existe bien d'autres façons de travailler le transfert :

L'entretien en face-à-face, qui offre l'étayage par le regard.

Les groupes thérapeutiques, où le transfert circule entre plusieurs.

Le psychodrame, qui met en jeu le corps et la scène.

Les ateliers à médiation, par exemple la terre, la peinture, l'écriture ou la musique, engagent la sensorialité et introduisent un tiers entre soi et l'autre.

Les rencontres informelles, les accompagnements du quotidien, les sorties thérapeutiques.

Supervision

La supervision vise à transformer des expériences émotionnelles et relationnelles parfois difficiles en ressources pour la pensée, afin de soutenir la fonction soignante, le travail d'équipe et le déploiement du processus thérapeutique.

Le superviseur accompagne les professionnels dans l'élaboration des situations cliniques auxquelles ils sont confrontés.

Son rôle est d'accueillir ce que l'équipe dépose : situations difficiles, tensions, mouvements transférentiels… afin de soutenir un espace où les éprouvés institutionnels peuvent être mis au travail. La supervision ne consiste pas à penser à la place des professionnels, mais à créer les conditions pour que la pensée circule.

Formes possibles :

Analyse des pratiques : centrée sur les situations cliniques.

Supervision d'équipe : centrée sur le fonctionnement groupal et institutionnel.

Animation de réunion de constellations transférentielles : travail sur les places occupées par chacun dans l'économie psychique du collectif.

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Pour aller plus loin

Ces concepts nourrissent notamment les dispositifs de constellations transférentielles et d'ateliers d'écoute musicale, ainsi que la réflexion développée dans le manifeste.

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